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Au-delà de la gouvernance fragmentée : Repenser la mer des Caraïbes comme un patrimoine commun – Journée mondiale de l'océan 2026

Par : Robin Alberto Montano


Pendant trop longtemps, nous avons considéré l'océan comme une ressource lointaine et inépuisable, malgré son rôle essentiel dans la régulation du climat, le maintien de la biodiversité et le soutien des moyens de subsistance (Nations Unies, 2026). Alors que nous célébrons la Journée mondiale de l'océan 2026 sur le thème « REPENSER : Au-delà du monde que nous connaissons, une nouvelle relation avec notre océan », les Nations Unies nous mettent au défi de réfléchir et de repenser la façon dont nous percevons, valorisons, gouvernons et interagissons avec l'océan. Ce thème appelle un changement fondamental de perspective, passant de la vision des espaces marins comme des réservoirs d'extraction à leur reconnaissance comme des systèmes de survie interconnectés qui nécessitent une gestion collective.


Nulle part ce changement n'est plus urgent, et sans doute plus important, que dans la Grande Caraïbe. La mer des Caraïbes est l'actif naturel partagé le plus précieux de la région, servant à la fois de moteur économique et de fondement de l'identité régionale, du patrimoine ancestral et de la culture côtière partagée. Elle est le pilier des moyens de subsistance des pêcheurs artisanaux ; elle soutient les écosystèmes marins qui contribuent de manière significative au produit intérieur brut (PIB) régional grâce au tourisme (WTTC, 2025) ; et elle facilite le commerce maritime qui soutient le développement régional (Patil et al., 2016). Pourtant, malgré son importance écologique, culturelle et économique, la mer des Caraïbes a été largement gérée comme un ensemble fragmenté de juridictions nationales plutôt que comme un écosystème marin unique et interconnecté. L'impératif de gérer collectivement cet actif partagé est donc une priorité régionale. Cette approche est en phase avec les engagements mondiaux de conservation et d'utilisation durable de nos ressources marines dans le cadre de l'Objectif de développement durable (ODD) 14, Vie aquatique.


Ce patchwork institutionnel de gouvernance fragmentée est totalement inadéquat face à l'ampleur des défis transfrontaliers, tels que le changement climatique, la pollution marine, la surpêche, la dégradation des coraux et les afflux de sargasses, qui pèsent sur la région. Une véritable résilience climatique et économique ne peut plus reposer sur des actions non coordonnées et centrées sur l'État. Elle exige un cadre régional unifié et scientifiquement fondé, piloté par l'Association des États de la Caraïbe (AEC), afin d'obtenir la désignation par les Nations Unies (ONU) de la mer des Caraïbes comme Zone spéciale dans le contexte du développement durable, reconnaissant ainsi la mer des Caraïbes comme un domaine mondialement unique et légalement protégé. Repenser la mer signifie renforcer les organisations régionales, les lois communes et les centres scientifiques capables de la défendre.
Pendant des siècles, les interactions régionales avec la mer des Caraïbes ont été dictées par ce que l'ONU décrit comme des « habitudes de prélèvement » (ONU DOALOS, 2026). Les défis environnementaux d'aujourd'hui ne sont pas des incidents isolés, mais plutôt le symptôme systémique prévisible d'une relation dépassée et purement transactionnelle avec l'environnement marin, se manifestant de trois manières profondément perturbatrices.


La première manifestation de cet état d'esprit extractif est évidente dans le domaine de la pêche. La pêche et l'aquaculture soutiennent près de 540 000 emplois dans les pays de la CARICOM, ce qui représente environ 6 % de la population active (CRFM, 2025). Cependant, ces avantages masquent des pressions écologiques croissantes. Plus de la moitié des stocks de poissons exploités commercialement dans la Caraïbe sont surexploités ou épuisés, tandis que 40 % sont pleinement exploités (CRFM, 2020). En observant les habitudes d'exploitation de la région en ce qui concerne ses stocks de poissons, il est évident que la région puise de plus en plus dans ces stocks, entre autres ressources marines, plus rapidement qu'ils ne peuvent se régénérer naturellement. Ce déficit d'extraction menace directement les voies de sécurité alimentaire côtières et compromet la capacité de la région à atteindre l'ODD 14 (Vie aquatique) et l'ODD 2 (Faim « Zéro »). L’ODD 14.4 prévoyait spécifiquement de mettre fin à la surpêche et de rétablir les stocks halieutiques à des niveaux biologiquement durables d’ici à 2020. Toutefois, cette échéance est désormais dépassée et les objectifs n’ont pas été atteints, illustrant une défaillance de la gouvernance aux conséquences écologiques et économiques croissantes pour les communautés les plus dépendantes de ces ressources. 


Ce défi est aggravé par la pollution d'origine terrestre. Le ruissellement agricole, les eaux usées non traitées et les déchets plastiques continuent de s'écouler dans les environnements marins partagés malgré les engagements régionaux pris dans le cadre de la Convention de Carthagène et de son Protocole relatif aux sources terrestres (UNEP-CEP, s.d.). Ces polluants endommagent les récifs coralliens et les habitats côtiers qui servent de zones de reproduction essentielles pour les populations de poissons. Au-delà de son importance immédiate pour les pêcheries, les récifs coralliens et les écosystèmes côtiers, la protection de ce réseau marin est essentielle au maintien du rôle plus vaste et indispensable de l’océan dans le renforcement de la résilience climatique régionale. En définitive, l’hypothèse selon laquelle la mer pourrait absorber une quantité illimitée de déchets tout en continuant à fournir des ressources illimitées est biologiquement insoutenable. La baisse des stocks de poissons et la dégradation des écosystèmes démontrent les conséquences de cette approche.


La deuxième manifestation de cette relation brisée se trouve dans le tourisme côtier. Le tourisme génère environ 475 milliards de dollars américains par an et représente environ 15 % du PIB régional (Banque mondiale, 2026 ; WTTC, 2025). Cette forte dépendance économique à l’égard des ressources marines rend la relation du secteur avec ces mêmes écosystèmes profondément paradoxale. Le développement côtier privilégie fréquemment les gains économiques à court terme au détriment de la résilience écologique à long terme. Cela contredit les engagements inscrits dans l'ODD 14, mais aussi dans l'ODD 8, (Travail décent et croissance économique), car une économie touristique qui dégrade systématiquement les écosystèmes dont elle dépend ne génère pas une croissance durable. Elle consomme sa propre base écologique. Les mangroves sont éliminées pour faire place à des infrastructures, ce qui réduit la protection naturelle contre les ondes de tempête et l'érosion côtière. Dans le même temps, les récifs coralliens subissent un stress sans précédent dû aux vagues de chaleur marine, à la pollution et au ruissellement des sédiments. Les données montrent que la couverture de coraux durs de la Caraïbe a chuté à un niveau de base de seulement 14 %, avec un déclin global de 48 % depuis 1980, tandis que la couverture de macroalgues envahissantes a augmenté de 85 % (GCRMN, 2025). Étant donné que les récifs coralliens des Caraïbes génèrent chaque année environ 6,2 milliards de dollars américains, cette dégradation constitue une menace économique directe pour la stabilité de la région. Les arguments économiques en faveur de leur protection sont tout aussi convaincants que les arguments écologiques. 


La troisième manifestation de la relation brisée de la région avec la mer est la fragmentation institutionnelle. Les écosystèmes marins n'adhèrent pas aux frontières politiques. Les courants océaniques transportent la pollution au-delà des frontières nationales, les stocks halieutiques migrent entre les eaux de différents États, et les proliférations de sargasses affectent simultanément plusieurs pays. Pourtant, les mécanismes de gouvernance demeurent largement centrés sur les États.  


Les conséquences se manifestent par une application inégale des réglementations relatives à la pêche, un suivi incohérent des écosystèmes et une coordination régionale limitée dans l’accès aux financements climatiques. Les pays sont souvent laissés seuls face à des défis communs, avec des ressources limitées et des capacités institutionnelles variables. Comme la Commission de la mer des Caraïbes (CMC) de l'AEC l'a souligné à plusieurs reprises dans ses rapports biennaux à l'Assemblée générale des Nations Unies, le développement durable dans la région exige des approches de gouvernance intégrées qui transcendent les frontières nationales.


Pour réécrire cette relation, la région doit passer de la recherche nationale isolée à une réponse régionale entièrement coordonnée. L'AEC facilite cela en encourageant la coopération scientifique et technique transfrontalière, en harmonisant les méthodologies de recherche et en institutionnalisant le partage des connaissances entre ses États membres et ses Membres associés. Grâce à des activités ciblées de renforcement des capacités et de transfert de technologies, l’AEC s’efforce de supprimer les cloisonnements en matière de données afin de bâtir un écosystème intégré de connaissances marines co-produites. Cette approche garantit que l’ensemble de ses Membres dispose des données partagées et des capacités institutionnelles nécessaires pour gérer collectivement les évolutions océaniques.


Un jalon important de ce pivot scientifique a eu lieu en mai 2026 avec l'inauguration physique officielle du Centre commun de recherche océanique Corée-AEC (CCRO C-AEC) à l'Instituto de Investigaciones Marinas y Costeras (INVEMAR) à Santa Marta, en Colombie (ACS, 2026a). Créé dans le cadre d’une coopération triangulaire stratégique entre la République de Corée, la Colombie et l’AEC, ce centre spécialisé constitue une interface régionale intégrée entre la science et les politiques publiques pour l’ensemble de la Grande Caraïbe. Son mandat principal consiste à identifier et mettre en œuvre des projets de recherche conjoints, à promouvoir le partage des connaissances et le renforcement des capacités, ainsi qu’à établir des réseaux régionaux dans le secteur marin. Il vise ainsi à apporter des réponses collectives aux défis marins transfrontaliers, notamment l’érosion côtière, la dégradation des écosystèmes marins et les impacts croissants des échouements de sargasses. 


En plus de ce développement d'infrastructures de coopération, l'AEC a également lancé sa Sous-Commission des sargasses (SCS) en octobre 2025 pour piloter une approche véritablement repensée de la gouvernance régionale des océans. Dépassant la vision réactive et dépassée qui considère les proliférations pélagiques de sargasses comme une simple nuisance côtière isolée à éliminer pour le confort des touristes, la Sous-Commission des sargasses (SCS) recadre ce défi transfrontalier comme un catalyseur de coordination régionale et d’innovation dans le cadre de l’économie bleue circulaire. La SCS souligne la nécessité urgente d’harmoniser les modèles régionaux de prévision, de mettre en place des systèmes d’alerte précoce en temps réel et de renforcer les capacités transfrontalières en matière d’adaptation technologique durable. En tant que mécanisme institutionnel régional clé de concertation, de collaboration et de coordination, elle facilite une réponse collective qui considère l’évolution de l’océan non seulement comme une source de crise, mais aussi comme un vecteur d’innovation durable fondée sur la biomasse, de valorisation des ressources et d’opportunités partagées pour la région. Toutefois, la transformation de ces pratiques profondément ancrées exige une volonté politique commune, traduite dans les plus hautes instances décisionnelles. Au cours des dernières années, l’AEC a développé une architecture stratégique, politique et institutionnelle solide servant de feuille de route pour cette nouvelle vision de la gouvernance et de la gestion durables de la mer des Caraïbes.


Cette trajectoire a été avancée avec la Déclaration d'Antigua (ACS, 2023), dans laquelle les États membres et les Membres associés se sont engagés à dépasser les perspectives strictement nationales, en réaffirmant la mer des Caraïbes comme un patrimoine commun nécessitant un cadre de défense singulier. Cette volonté politique a été avancée par la Déclaration de Montería, qui constitue une feuille de route régionale pour une relation renouvelée avec la mer, en appelant au renforcement de la protection et de la préservation de la mer des Caraïbes, à la gestion coordonnée des ressources marines, ainsi qu’à la participation active des peuples autochtones et des communautés afrodescendantes à la gestion des écosystèmes et aux initiatives d’écotourisme communautaire  (ACS, 2025b). 


Ces engagements sont institutionnalisés dans le Plan stratégique de l'AEC : la Grande Caraïbe 2035 — Un horizon partagé de notre mer commune vers le développement durable et le bien-être collectif (ACS, 2026b). Cette stratégie à long terme constitue un mécanisme d’alignement permettant de relier les ambitions régionales en matière d’économie bleue aux engagements internationaux relatifs à la biodiversité et au climat. Elle vise à positionner l’AEC comme un interlocuteur régional cohérent auprès des institutions et cadres mondiaux, notamment la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la Convention sur la diversité biologique (CDB) et le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. Elle contribue ainsi à faire en sorte que les besoins de la mer des Caraïbes soient pris en compte dans les négociations et les mécanismes de financement qui façonneront la gouvernance des océans au cours des prochaines décennies. 


Les déclarations politiques et les partenariats scientifiques restent incomplets sans un statut juridique international formel qui impose une reconnaissance mondiale. C'est là que la Commission de la mer des Caraïbes (CMC) devient irremplaçable, cela également là que se manifeste le plus clairement le projet institutionnel le plus ambitieux de la région. Créée pour promouvoir la préservation du bassin caribéen, la Commission de la mer des Caraïbes (CMC) est le seul organe intergouvernemental de l’hémisphère occidental spécifiquement conçu pour promouvoir la coopération scientifique et technique entre les décideurs de la Grande Caraïbe sur les questions liées à la gestion intégrée d’un bassin marin partagé. 


L’un des piliers fondamentaux du mandat de la CMC, et une expression concrète de l’appel des Nations Unies à « REIMAGINER », est la poursuite de ses efforts visant à obtenir la reconnaissance de la mer des Caraïbes comme une « Zone spéciale dans le contexte du développement durable » par l’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU). 


Cette désignation représente une transformation profonde dans la manière dont les cadres de gouvernance internationale des océans perçoivent la région. Plutôt que de considérer la Caraïbe à travers un patchwork de juridictions isolées, une désignation de Zone spéciale par l'AGNU établit un consensus mondial qui reconnaît l'ensemble du bassin comme un écosystème unique, très vulnérable et interconnecté. Elle renforcerait le cadre politique et de coopération permettant de promouvoir une gouvernance intégrée des océans et une gestion durable de la mer des Caraïbes. En outre, elle servirait de plateforme politique reconnue à l’échelle mondiale permettant à la région de promouvoir des mécanismes innovants d’échange dette-nature, de mobiliser des financements climatiques et de développement, et d’attirer des investissements à long terme en faveur d’infrastructures bleues résilientes. Elle constitue une expression forte du concept de « REIMAGINER » la mer : encourager le monde à considérer les Caraïbes non pas comme un espace maritime ouvert à l’exploitation commune, mais comme un écosystème unique et interconnecté méritant une gestion collective et une protection durable. 


Repenser la mer des Caraïbes nous oblige à abandonner l'illusion de sa résilience sans fin et à conclure une alliance formelle de gestion collective. Assurer un avenir stable et prospère à la Grande Caraïbe pour les générations à venir dépend entièrement de la réalisation de la désignation de Zone spéciale par l'AGNU et de l'autonomisation totale de la Commission de la mer des Caraïbes (CMC).


Nous devons finalement reconnaître que la mer des Caraïbes n'est pas une barrière géographique qui divise nos nations, mais le patrimoine unique et commun qui les unit.


Références
 

1.    United Nations. (2026). World Oceans Day 2026: REIMAGINE. United Nations Division for Ocean Affairs and the Law of the Sea (DOALOS). Retrieved from https://www.un.org/en/observances/oceans-day  
2.    United Nations, Division for Ocean Affairs and the Law of the Sea [UN DOALOS]. (2026). UN World Oceans Day 2026. UN World Oceans Day Official Website. Retrieved from https://unworldoceansday.org/   
3.    World Travel & Tourism Council [WTTC] (2025). Travel & tourism economic impact 2025: Global trends. https://researchhub.wttc.org/product/travel-tourism-economic-impact-2025-global-trends 
4.    Patil, P. G., Virdin, J., Diez, S. M., Roberts, J., & Singh, A. (2016). Toward a blue economy: A promise for sustainable growth in the Caribbean. World Bank.
https://documents1.worldbank.org/curated/en/965641473449861013/pdf/AUS16344-REVISED-v1-BlueEconomy-FullReport-Oct3.pdf  
5.    Caribbean Regional Fisheries Mechanism [CRFM]. (2025). Fisheries and aquaculture contribute over US$200 million to Caribbean exports and more than half-a-million jobs. https://crfm.int/index.php?Itemid=508&id=891%3Afisheries-and-aquaculture-contribute-over-us-200-million-to-caribbean-exports-and-more-than-half-a-million-jobs&option=com_k2&view=item 
6.    Caribbean Regional Fisheries Mechanism [CRFM]. (2020). Monitoring and assessment study (CRFM Technical & Advisory Document No. 2020/03). Caribbean Regional Fisheries Mechanism. https://portal.crfm.int/dataset/a0727c59-5396-4526-9e96-d8abfe37542f/resource/4b30f99c-6752-414a-aa41-837f732d5dae/download/crfm-tech-advisory-doc-2020-03-ftr-monitoring-assessment-study-11-august-2020.pdf  
7.    United Nations Environment Programme Caribbean Environment Programme [UNEP-CEP]. (n.d.). Pollution: Regional overview. Cartagena Convention Secretariat. https://cartagena.unepgrid.ch/regional-overview/pollution  
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10.    Association of Caribbean States [ACS]. (2026a). The ACS, the Republic of Colombia and the Republic of Korea inaugurate the Korea–ACS Joint Ocean Research Center in Santa Marta [Press release]. Office of the Secretary General. Santa Marta, Colombia. https://www.acs-aec.org/en/news/acs-republic-colombia-and-republic-kore…;
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13.    Association of Caribbean States [ACS]. (2025b). Declaration of Montería: United for life: Towards a more sustainable Greater Caribbean (Document ID: SM/2025/10/INF.001). Tenth Summit of Heads of State and/or Government of the Association of Caribbean States. Montería, Colombia. https://www.acs-aec.org/en/document/declaracion-de-monteria  
14.    Association of Caribbean States [ACS]. (2026b). Strategic Plan Greater Caribbean 2035: A shared horizon: From our common sea toward sustainable development and well-being. 17th Extraordinary Meeting of the Ministerial Council of the Association of Caribbean States. Port of Spain, Trinidad and Tobago. https://www.acs-aec.org/en/document/strategic-plan-greater-caribbean-2035-shared-horizon-our-common-sea-toward-sustainable 
 

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