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Journée mondiale de l’eau 2026 : Là où coule l’eau, l’égalité grandit – Pour une gestion durable de l’eau dans la Grande Caraïbe

Par : Anne-Love Soter. 

Chaque année, le 22 mars, la Journée mondiale de l’eau nous rappelle une vérité simple mais essentielle : l’eau soutient la vie, les économies et les écosystèmes. L’accès à une eau potable et à l’assainissement est reconnu par les Nations Unies comme un droit humain fondamental, indispensable à la santé, à la dignité et au développement durable, notamment lié à l’ODD 6 sur l’eau propre et l’assainissement, ainsi qu’à l’ODD 5 sur l’égalité des genres. Le thème de la Journée mondiale de l’eau 2026, « Là où l’eau coule, l’égalité grandit » (1), souligne le lien étroit entre l’accès à l’eau et l’égalité des sexes. Pourtant, aujourd’hui, près de 2 milliards de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée de manière sûre, et près de la moitié de la population mondiale connaît une grave pénurie d’eau au moins un mois par an (2). Ces pressions sont exacerbées par le changement climatique, la pollution et la demande croissante en ressources en eau.

Dans la Grande Caraïbe, la sécurité hydrique demeure un défi majeur, en particulier pour les Petits États insulaires en développement (PEID). Les réserves limitées d’eau douce, l’augmentation des épisodes de sécheresse, l’intrusion d’eau salée et la multiplication des événements météorologiques extrêmes exercent une pression croissante sur les systèmes d’approvisionnement en eau dans la région. Dans certains territoires, ces difficultés sont aggravées par des infrastructures vieillissantes et par la pollution, rendant l’accès sûr à l’eau potable de plus en plus difficile.

La situation en Guadeloupe illustre la gravité de ces enjeux. Malgré des précipitations abondantes, l’île connaît depuis longtemps une crise de l’eau liée à la dégradation des infrastructures et à la contamination des sols. Dans certaines zones, entre 60 % et 70 % de l’eau potable traitée se perd à cause de fuites dues à des canalisations obsolètes (3), entraînant des coupures fréquentes. De ce fait, de nombreux habitants subissent des coupures d’eau régulières, parfois pendant plusieurs jours, voire des semaines, rendant extrêmement difficile la réalisation des activités quotidiennes telles que cuisiner ou se doucher. Ces perturbations touchent particulièrement les femmes et les personnes chargées de la garde des enfants, souvent responsables de la gestion de l’eau au sein du foyer. Pour les mères d’enfants en bas âge, ces pénuries prolongées compliquent le maintien de l’hygiène, la préparation des repas et le bien-être familial (4). De plus, la pollution au chlordécone, un pesticide toxique utilisé jusqu’aux années 1990 dans les plantations de bananes, continue de contaminer les sols et les ressources en eau de l’île. Cette situation complexe montre comment l’inégalité d’accès à l’eau potable peut compromettre les droits humains fondamentaux et la qualité de vie des communautés insulaires.

Dans toute la région, les gouvernements, les partenaires de la société civile et les organisations locales travaillent néanmoins à renforcer la gestion durable des ressources en eau. En Guadeloupe, par exemple, des organisations de la société civile telles que l’ONG Kimbé Rèd F.W.I (5) mènent des actions de sensibilisation et plaident pour une meilleure gestion de l’eau ainsi qu’un accès équitable à l’eau potable. Parallèlement, des solutions innovantes émergent ailleurs dans les Caraïbes. À la Barbade, par exemple, une récente initiative de financement climatique mobilisera plus de 125 millions de dollars américains (6) afin de moderniser les infrastructures hydriques, d’améliorer le traitement des eaux usées et d’accroître la réutilisation de l’eau. Ce programme contribuera à assurer un approvisionnement en eau plus fiable tout en réduisant la pollution marine. De telles initiatives montrent comment des investissements durables dans la gestion de l’eau peuvent à la fois renforcer la résilience climatique et protéger les écosystèmes côtiers.

Des écosystèmes sains sont essentiels pour garantir la sécurité hydrique dans la région. Les zones humides, les forêts, les mangroves et les bassins versants régulent naturellement le cycle de l’eau, stockent l’eau douce, filtrent les polluants et contribuent à réduire les impacts des inondations et des tempêtes (7). Ainsi, ces écosystèmes jouent un double rôle : ils soutiennent la sécurité hydrique tout en renforçant la réduction des risques de catastrophes et la résilience face au changement climatique. En absorbant les crues, en stabilisant les côtes et en protégeant les communautés contre les tempêtes et l’érosion, ils constituent une protection naturelle essentielle pour les territoires insulaires. La préservation de ces écosystèmes est donc cruciale pour garantir la disponibilité et la qualité de l’eau à long terme, tout en contribuant aux efforts d’adaptation au changement climatique dans le cadre de l’Accord de Paris, ainsi qu’aux objectifs mondiaux de biodiversité établis par le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. Les écosystèmes tels que les zones humides et les mangroves contribuent en effet à stocker le carbone, protéger la biodiversité et réduire les risques liés au climat. Pour de nombreuses communautés caribéennes, en particulier celles vivant à proximité des zones humides et des bassins fluviaux, ces écosystèmes sont également étroitement liés aux moyens de subsistance, à la sécurité alimentaire et au patrimoine culturel. Renforcer la sécurité de l’approvisionnement en eau contribue également à une plus grande équité sociale, en permettant aux communautés, et en particulier aux femmes, de jouer un rôle actif dans la gestion durable de l’eau.

Dans ce contexte, l’Association des États des Caraïbes (AEC) continue de promouvoir la coopération régionale en matière de gestion durable des ressources en eau par l’intermédiaire de sa Direction de la Réduction des Risques de Catastrophes, du Tourisme Durable, de la Mer des Caraïbes et de l’Environnement (DDTCE).  À travers la Commission de la Mer des Caraïbes, l’AEC facilite le dialogue entre ses 25 États Membres et 10 Membres Associés et encourage des réponses coordonnées aux défis environnementaux qui affectent les ressources marines et d’eau douce de la région, notamment à travers la protection et la restauration des écosystèmes. Ces dernières années, d’importants échouements de sargasses ont été observés sur les côtes caribéennes, devenant un problème environnemental de plus en plus préoccupant (8). Lorsque ces algues s’accumulent en grande quantité sur les rivages et commencent à se décomposer, elles peuvent libérer des gaz et des odeurs nocives, dégrader la qualité des eaux côtières, menacer les écosystèmes marins, affecter la santé des populations et perturber le tourisme ainsi que les moyens de subsistance locaux. Pour répondre à cette problématique, des initiatives récentes, telles que la Sous-commission des sargasses de l’AEC (9), visent à renforcer la coopération régionale et la coordination scientifique afin d’améliorer les capacités de suivi, de gestion et de réponse face à ce phénomène. En favorisant la collaboration entre gouvernements, scientifiques et partenaires internationaux, l’AEC contribue à protéger la Mer des Caraïbes tout en renforçant la résilience environnementale dans l’ensemble de la Grande Caraïbe.

En cette Journée mondiale de l’eau, le message est clair : protéger l’eau, c’est protéger les communautés, les écosystèmes et les générations futures. Garantir un accès sûr à l’eau potable n’est pas seulement une priorité environnementale: c’est un droit humain fondamental et un moteur d’égalité et de développement durable dans la Grande Caraïbe.

 


 

Références: 

 

  1. United Nations. (n.d.). World Water Day. https://www.un.org/en/observances/water-day
  2. United Nations Caribbean. Caribbean launch of the UN World Water Development Report. https://caribbean.un.org/en/224757-caribbean-launch-un-water-report-flags-subregional-priorities
  3. Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights. (2024, March 28). UN experts urge France to guarantee safe drinking water in Guadeloupe https://www.ohchr.org/en/press-releases/2024/03/un-experts-urge-france-guarantee-safe-drinking-water-guadeloupe
  4. StreetPress. (n.d.). Vraie vie : Nathalie, maman guadeloupéenne, sans eau courantehttps://www.streetpress.com/sujet/1690291934-vraie-vie-nathalie-maman-guadeloupeenne-sans-eau-courante
  5. Council of Europe. (n.d.). International Federation for Human Rights (FIDH) v. France, Complaint No. 240/2024: Collective complaint relating to access to drinking water in Guadeloupe and chlordecone poisoning in the French West Indies. https://rm.coe.int/cc240casedoc1-en/1680b4c6ff.
  6. Cleary Gottlieb. (2024, December 5). Barbados launches the world’s first debt-for-climate-resilience transaction..
  7. American Flood Coalition. (n.d.). Adapting to flooding and sea level rise through wetland conservation. https://floodcoalition.org/adapting-to-flooding-and-sea-level-rise-through-wetland-conservation/
  8. United Nations Development Programme. (n.d.). Improving national sargassum management capacities in the Caribbean. https://www.undp.org/barbados/sargassum 

Association of Caribbean States. ACS Establishes Sargassum Sub-Commission. https://www.acs-aec.org/en/news/acs-establishes-sargassum-sub-commission-strengthen-ocean-governance-greater-caribbean

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