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2002 : Le crime et la corruption en tête de l’ordre du jour politique

Un Marché virtuel pour la Grande Caraïbe

Norman Girvan

L’année 2002 a vu plusieurs événements politiques marquants dans la région de la Grande Caraïbe. Des élections et/ou investitures nationales ont eu lieu dans neuf pays (voir tableau ci-joint). Leurs résultats suggèrent que la continuité, plutôt que le changement, était la norme.

 

Les Parties au pouvoir ont gardé le contrôle de l’exécutif (président ou Premier ministre) au Costa Rica, au Nicaragua, à la Jamaïque, à Trinité-et-Tobago et en France. Des changements d’administration politique ont été enregistrés aux Bahamas, au Honduras, en Colombie et aux Antilles néerlandaises. A l’exception possible de la Colombie, où le conflit interne est en tête de l’ordre du jour, le changement n’a pas signifié une évolution radicale des politiques actuelles.

Dans l’ensemble de l’Amérique latine, certains observateurs notent un changement politique « vers la gauche » qui se manifeste par une opposition croissante à la mondialisation néo-libérale et à la ZLEA proposée. Ils citent les résultats des élections récentes au Brésil, en Equateur et en Bolivie, ainsi que la force et l’influence croissantes du mouvement de la société civile.

Une telle tendance n’est pas évidente dans la région de la Grande Caraïbe. En Amérique centrale, les trois présidents qui sont entrés en fonction en 2002 viennent tous du secteur privé et sont fortement engagés à l’égard de la CAFTA - Zone de libre échange proposée entre les Etats-Unis et l’Amérique centrale.

Les trois élections tenues au sein de la CARICOM reflètent également une tendance à la continuité. Toutefois, en 2002, il s’est produit un malaise croissant dû à l’impact potentiellement négatif de la ZLEA sur les économies de la CARICOM de petite taille et orientées vers les services, en particulier l’Organisation des Etats de la Caraïbe orientale et les Bahamas.

Deux questions non idéologiques ont assumé une importance croissante dans l’ordre du jour politique, y compris les campagnes électorales, dans la plupart de la région en 2002. La première est la tendance à une forte augmentation du crime et de la violence dans bon nombre, si ce n’est pas la plupart des pays. La deuxième est la question de corruption et de responsabilité publiques.

L’augmentation spectaculaire du crime violent est probablement due à un ensemble de facteurs en corrélation plutôt qu’à une cause unique. La pauvreté et l’exclusion sociale y jouent sans aucun doute un rôle.

Ce qui est plus sinistre c’est le rôle des associations transnationales de malfaiteurs qui disposent de ressources nettement supérieures aux budgets de sécurité de tous les Etats de la Caraïbe, qu’ils soient petits ou grands. Beaucoup estiment que ces forces ont pris les pays de la Caraïbe dans une toile de relations internationales y compris le trafic de stupéfiants, le trafic d’armes, le trafic d’immigrés et le blanchiment d’argent ; avec des effets mortels sous forme de guerres territoriales, de vols à main armée, d’enlèvements et de terrorisme national.

Il se pourrait que les pays de la Grande Caraïbe soient obligés d’envisager une stratégie régionale collective pour faire face au problème, en partenariat avec leurs voisins puissants ; qui ira au-delà du patchwork de programmes nationaux, sous-régionaux et bilatéraux qui existe actuellement.

La corruption et la responsabilité publique étaient aussi des questions-clés abordées lors des élections des pays de la région en 2002 et 2001. Dans au moins deux pays, des chefs de gouvernement qui n’ont quitté leurs fonctions que récemment sont en train d’être poursuivis en justice pour violations présumées des lois de la probité publique. Certains gouvernements ont ouvert des enquêtes spéciales sur des projets publics ; plusieurs cherchent à renforcer la législation et les institutions tendant à maîtriser la corruption et à assurer une plus grande responsabilité et transparence au niveau de la gouvernance.

La tendance est saine, et elle devrait se poursuivre en 2003.

La semaine prochaine nous examinerons les tendances économiques régionales de l’année dernière. Cette chronique présente à tous les lecteurs ses meilleurs vœux pour 2003.

 

Le Professeur Norman Girvan est le Secrétaire général de l’Association des Etats de la Caraïbe. Les opinions exprimées ci-dessus ne sont pas nécessairement les opinions officielles de l’AEC.Vous pouvez envoyer vos réactions à mail@acs-aec.org.
7 novembre 2003
 
   
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