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CONTRACTION ECONOMIQUE ET CRISE FISCALE DANS L'OECO

Cette semaine dans la Grande Caraïbe

Norman Girvan

Le Sommet extraordinaire de la Caricom tenu à Sainte-Lucie les 15 et 16 août est une preuve supplémentaire de l'aggravation de la crise économique et fiscale qui touche les plus petites économies de la région de la Grande Caraïbe.

 

Au début de la semaine, on a pris connaissance d'une aide financière d'urgence octroyée à la Dominique par ses partenaires de la Caricom. Cet exemple de solidarité régionale est la bienvenue. Toutefois, les problèmes sont d'ordre structurel et à long terme. Au delà de
la Dominique, ils touchent l'ensemble de la sous-région de l'Organisation des Etats de la Caraïbe orientale (OECO).

Cela a été mis clairement en évidence par Sir Dwight Venner, Governeur de la Banque centrale de la Caraïbe orientale (ECCB), lors de sa présentation au Sommet de la Caraïbe tenu le mois dernier à Georgetown, Guyana. Les éléments suivants sont parmi les plus saillants :

  • La croissance économique pour l'ensemble de l'OECO a baissé de 6 pour cent en moyenne durant les années 1980 pour atteindre 3 pour cent pendant les années 1990. En 2001, il s'est produit une contraction économique (croissance négative) pour la première fois dans les deux décennies précédentes.
  • Le ralentissement de 2001 a été précipité par des baisses dans les secteurs du tourisme et des bananes. Les arrivées de visiteurs séjournant dans la sous-région sont tombées de 5,1 pour cent et les exportations de bananes ont baissé de 41 pour cent.
  • Les services représentent actuellement 71 pour cent du PIB de l'OECO, alors qu'ils ne comptaient que 58 pour cent en 1994. Le secteur des services financiers a été touché par une surveillance accrue du blanchiment d'argent et de la concurrence fiscale dommageable. Le tourisme souffre du ralentissement de l'industrie à l'échelle mondiale, qui a été aggravé par les effets du 11 septembre. Les exportations agricoles sont aussi en baisse en raison de l'érosion des préférences tarifaires.
  • Le ralentissement économique des années 1990 a eu une incidence sur la croissance des recettes fiscales, ce qui s'est traduit par une augmentation des dettes et une détérioration des comptes fiscaux. Le paiement d'intérêts de la dette a augmenté de 12 pour cent pour atteindre 19 pour cent des recettes courantes entre 1996 et 2001 et la rémunération personnelle s'est accrue de 50 pour cent à 54 pour cent, tandis que les services du Gouvernement ont baissé de 33 pour cent à 22 pour cent.
  • En l'an 2001, la balance des paiements courants pour l'exercice fiscal est allée d'un excédent à un déficit de 1,5 pour cent du PIB, et le déficit fiscal global s'élevant à 6,5 pour cent du PIB.

Le Governeur Venner a signalé un ensemble d' initiatives politiques récentes, prises par les pays de l'OECO et l'ECCB, qui ont été par la suite adoptées. Le Sommet extraordinaire de la CARICOM vise à compléter ces initiatives.

Le dilemme économique de l'OECO revêt aussi une importance pour l'ensemble la région. Une question qui se pose c'est comment la sous-région peut-elle repositionner au mieux son produit touristique afin d'assurer la croissance durable de l'industrie, dans le cadre de la Zone de Tourisme durable de la Grande Caraïbe.

Il est peu probable que le tourisme de masse, qui réussit bien ailleurs dans la région, soit le sentier de croissance durable de l'OECO.

Une autre question c'est si la région doit accepter une forme de mondialisation dans laquelle des pays entiers sont perdants. Il est nécessaire de disposer de mécanismes d'assistance permanents à l'intention des pays dont les industries ne sont plus compétitives, tels que ceux qui s'offrent aux régions déprimées des pays développés ayant des industries en déclin. L'Organisation mondiale du Commerce (OMC) et la ZLEA manquent notamment de dispositions dans ce domaine.

Une proposition consiste à établir un Fonds de Développement régional dans le cadre de la ZLEA. Permettre aux petites économies de mettre en place des régimes tarifaires compte tenu de la dépendance commerciale de leurs recettes fiscales en est une autre. Cette dernière s'insère dans le cadre du Traitement spécial et différencié de ces économies. Les deux principes ont été soutenus lors du IIIe Sommet de l'AEC en décembre dernier.

La Dominique n'est pas un cas isolé. Sa situation actuelle sert d'avertissement tant pour la région que pour la communauté internationale.


Le Prof. Norman Girvan est le Secrétaire général de l’Associationd es Etats de la Caraïbe (AEC). Les opinions exprimées ci-dessus ne sont pas nécessairement les opinions offcielles de l’AEC. Vous pouvez envoyer vos réactions éventuelles à mail@acs-aec.org.

(Fin)

le 19 août 2002

   
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