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LES SUBVENTIONS AGRICOLES AMERICAINES AURONT UN IMPACT SUR LA GRANDE CARAIBE

Cette semaine dans la Grande Caraïbe

Norman Girvan

Le mois dernier, le Gouvernement américain a imposé des tarifs élevés sur l'acier importé afin de protéger les producteurs d'acier nationaux. Le 13 mai, le président Bush a apposé sa signature sur un nouveau projet de loi agricole qui prévoit une très forte augmentation des subventions aux producteurs agricoles américains. Deux jours plus tard, le Sénat a approuvé la loi sur l'autorité commerciale du Gouvernement, avec des réserves importantes visant à protéger les industries américaines de la concurrence étrangère. Les détracteurs en Europe et dans les pays en développement accusent les Etats-Unis de pratiquer le protectionisme chez eux tout en exhortant au libre échange à l'étranger.

 

Le projet de loi agricole autorise des subventions d'une valeur de US$ 173,5 milliards durant une période de dix ans, dont $73 milliards pour la seule période 2002-2007, soit une augmentation de 70 pour cent par rapport au niveau précédent. Les subventions existantes augmentent en ce qui concerne les graines de soja, le blé et le maïs. De nouvelles subventions sont appliquées aux cacahuètes, aux lentilles, aux pois chiches et aux produits laitiers. Les subventions au miel, à la laine et au mohair, qui avaient été abandonnées antérieurement, ont été rétablies.

On s'attend à de graves conséquences sur les exportations agricoles des pays en développement. Les subventions soutiendront une forte augmentation de la production nationale américaine, en bloquant une partie importante des importations de l'étranger. Etant donné que les Etats-Unis constituent 19 pour cent des exportations agricoles mondiales, les prix de ces produits sur les marchés mondiaux baisseront de 10 à 15 pour cent, selon les experts.

Le Brésil risque de perdre US$ 9,6 milliards de ses exportations aux pays tiers durant les quatre prochaines années. En ce qui concerne l'Argentine, les pertes annuelles de recettes de l'exportation sont estimées à $1,5 milliard. Le Chili, l'Equateur, le Pérou et l'Uruguay sont aussi en train de faire le bilan.

Dans les pays de l'Association des Etats de la Caraïbe (AEC), 63 pour cent des exportations agricoles a été destiné au marché américain en 1999. Les plus petites économies d'Amérique centrale et la République dominicaine seront les plus touchées. Le Mexique et la Colombie sont aussi de gros exportateurs vers les Etats-Unis.

Outre l'impact direct, cela risque d'influer sur la crédibilité des négociations de libre échange au niveau mondiale et régional. Les Etats-Unis ont exercé une forte pression sur l'UE afin que cette dernière réforme son régime de subventions agricoles dans le cadre de l'accord conclu lors de la Réunion ministérielle de l'OMC à Doha, en novembre dernier. L'engagement de l'UE envers cette section de la Déclaration de Doha, obtenu comme suite à des pressions considérables, sera encore plus douteux.

L'UE envisage déjà de porter plainte auprès de l'OMC au sujet des tarifs américains sur l'acier. Les nouvelles subventions agricoles peuvent porter les subventions américaines par exploitation agricole à un niveau entre 3 et 4 fois supérieur aux niveaux européens, d'après le magazine The Economist.

Au sein de l'hémisphère, la question consiste à savoir quelles en seront les conséquences sur les négociations de la ZLEA. Le projet de loi agricole confirmera les pires craintes du Brésil et de ses partenaires du MERCOSUR en ce qui concerne la volonté des Etats-Unis d'ouvrir leurs marchés aux importations qui revêtent le plus grand intérêt pour les pays du Cône sud.

Ces craintes se veront renforcées par l'insistance du Sénat américain, dans la résolution de la semaine dernière, que l'autorité commerciale accordée au président sera conditionnée par un droit de veto du Congrès sur les dispositions spécifiques des accords commerciaux modifient les mesures antidumping et les autres lois visant à protéger les producteurs américains des pratiques commerciales dites déloyales.

Les réunions de négociation de l'OMC et de la ZLEA se poursuivent, mais le climat global de la libéralisation commerciale a subi un changement radical suite à ces événements.



(Fin)  

Le Prof. Norman Girvan est le Secrétaire général de l’Associationd es Etats de la Caraïbe (AEC). Les opinions exprimées ci-dessus ne sont pas nécessairement les opinions offcielles de l’AEC. Vous pouvez envoyer vos réactions éventuelles à mail@acs-aec.org.

le 22 mai 2002

   
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