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LA GLOBALISATION - PLUS QU'UNE QUESTION D'ECONOMIE

Cette semaine dans la Grande Caraïbe

Norman Girvan

La 29e session de la Commission économique pour l'Amérique latine et la Caraïbe (CEPALC) s'est tenue la semaine dernière à Brasilia. Elle avait devant elle un Rapport de 380 pages sur la Mondialisation et le Développement. Plusieurs conclusions du Rapport sont d'un intérêt pour les pays de la Grande Caraïbe.

 

D'abord, la mondialisation n'est pas simplement une question d'économie. Elle revêt des dimensions éthiques, culturelles et politiques. Un de ses aspects les plus importants est la diffusion de " valeurs humaines universelles " en raison des mouvements sociaux internationaux. Ces dernières sont exposées dans une série de déclarations internationales sur les droits civils et politiques ; les droits économiques, sociaux et politiques ; les droits des enfants et des femmes ; et l'environnement.

L'internationalisme ethnique entre les victimes de discrimination sociale, culturelle et économique est l'expression la plus récente de cette évolution. Selon la CEPALC, il y a 50 millions d'Autochtones (c.-à-d. d'Amérindiens) et 150 millions d'Afro-latins et d'Afro-caribéens en Amérique latine et dans la Caraïbe, dont beaucoup habitent la région de la Grande Caraïbe.

Les membres des deux groupes " ont les indicateurs économiques et sociaux les plus bas, jouissent de très peu de reconnaissance culturelle et sont exclus des cercles publics de prise de décisions ". Le Rapport signale que les Etats, gouvernements et sociétés doivent accepter et reconnaître les droits des membres des groupes ethniques à travers une action législative et des politiques de développement ciblées.

Deuxièmement, le Rapport démontre que l'aspect économique de la mondialisation existe depuis au moins 130 ans. La première phase, de 1870 à 1913, a été écourtée par la Ie Guerre mondiale et les crises qui se sont ensuivies. La deuxième phase, de 1945 au début des années 1970, a pris fin avec le flottement du dollar et les chocs pétroliers. La troisième phase a débuté en 1973 et est toujours en cours.

Toutefois, les statistiques de la CEPALC démontrent que la mondialisation a été accompagnée d'un accroissement de l'inégalité entre les revenus par habitant des pays. La seule exception était la phase 2, lors de laquelle la disparité entre les revenus a connu une légère baisse.

En 1820, le revenu moyen par habitant de la région la moins développée du monde représentait 33,9 pour cent de celui de la région la plus développée. Il a baissé à 18,3 pour cent en 1870, à 11,1 pour cent en 1913 et à 6,8 pour cent en 1950. Ce pourcentage a augmenté légèrement pour atteindre 7,6 pour cent en 1973, mais a baissé à nouveau en 1998 pour atteindre 5,8 pour cent.

Lors de la phase la plus récente de la mondialisation, l'inégalité des revenus s'est aussi aggravée au sein des pays, y compris dans les pays les plus développés.

La CEPALC attribue le creusement de cet écart aux problèmes fondamentaux dans le fonctionnement de la mondialisation. Par exemple, en règle générale les capitaux peuvent se déplacer librement partout dans le monde, mais le déplacement de la main-d'œuvre est soumis à de nombreuses restrictions. Les marchés de capitaux privés internationaux sont très instables et contribuent à la vulnérabilité des pays en développement. Et le transfert de technologies aux pays plus pauvres est limité par des régimes rigoureux de propriété intellectuelle.

La réponse consiste à s'attaquer aux défauts de la mondialisation ; par exemple, à travers l'inclusion totale de la migration internationale dans l'agenda mondial ; la gestion adéquate des marchés de capitaux privés et la fourniture de " biens publics mondiaux ", tels que l'éducation primaire et les services médicaux, basée sur des " responsabilités communes mais distinctes ".

Ce principe a été accepté lors du Sommet de la Terre de 1992 en relation avec l'environnement mondial. Il doit être appliqué à présent à l'ensemble de l'ordre économique et social.


(Fin)  

Le Prof. Norman Girvan est le Secrétaire général de l’Associationd es Etats de la Caraïbe (AEC). Les opinions exprimées ci-dessus ne sont pas nécessairement les opinions offcielles de l’AEC. Vous pouvez envoyer vos réactions éventuelles à mail@acs-aec.org.

le 13 mai 2002

   
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