LA COOPERATION ENTRE LES LIGNES AERIENNES DE LA CARAIBE—UNE QUESTION A $60 MILLIONS

Cette semaine dans la Grande Caraïbe

Norman Girvan

La semaine dernière BWIA et LIAT ont annoncé une alliance stratégique qui pourrait constituer un pas significatif vers l’« Unification de la Caraïbe par air et par mer », un des objectifs de l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC).

L’accord BWIA-LIAT prévoit un transfert souple de passagers entre leurs réseaux routiers respectifs, le partage de codes, des services communs de manutention au sol à la Barbade, et l’achat en gros de pièces de rechange et de services alimentaires. Il profitera aux deux lignes aériennes et aux pays qu’elles desservent, notamment ceux de l’Organisation des Etats de la Caraïbe orientale (OECO). C’est aussi un bon exemple du type de coopération qui s’avère nécessaire entre les lignes aériennes de la Grande Caraïbe.  

Au  cours des dix dernières années, l’Organisation du Tourisme de la Caraïbe (CTO), le Secrétariat de la CARICOM, l’Association caribéenne d’Industrie et de Commerce (CAIC) et l’AEC se sont efforcés, à  la fois séparément et conjointement, de promouvoir la coopération entre les lignes aériennes. Des études ont été menées, des réunions organisées, et des comités créés. Une étude CTO/CAIC de 1993 a évalué à jusqu’à $65 millions par an les économies potientielles d’une coopération dans les opérations des lignes aériennes régionales, basées à Miami. Cela comprendrait l’enregistrement et la manutention communs des bagages, la rationalisation de l’inventaire, l’achat en gros de combustible, de pièces de rechange, et l’acquisition conjointe de services de restauration et d’assurance, ainsi que le contrôle et l’entretien en commun de l’équipement et la formation conjointe du personnel.

Le modèle de coopération a toujours été le TACA, le groupe de lignes aériennes d’Amérique centrale, qui a eu un grand succès. L’étude a envisagé la création d’une Ligne aérienne internationale de la Caraïbe (Caribbean International Airlines - CIA ou LAIC en espagnol) qui fonctionnerait comme le Groupe TACA, et qui engloberait les principales lignes aériennes de la Grande Caraïbe. L’AEC servirait de médiateur  et un accord régional de trransport aérien en fournirait le cadre juridique. 

Mais la CIA ne s’est jamais réalisée. En 1997, un effort de coopération plus modeste a été entrepris lorsque BWIA et Air Jamaïque ont signé un Protocole d’accord de coopération en matière d’achats, d’opérations de vols, de services aux clients, d’entretien et d’ingénierie, de services d’information/administratifs, de commercialisation et de vente. Une coopération à long terme en matière de partage de codes et d’utilisation conjointe des avions a aussi été prévue. Cela non plus n’a pas porté fruit.

Une réunion de dirigeants des lignes aériennes convoquée par l’AEC en mai 1998 a permis de constater qu’il y a eu peu de coopération entre les lignes aériennes régionales. Un rapport à la réunion a fait remarquer qu’il appartiendrait aux PDG des lignes aériennes, en tant que chefs d’organisations privées indépendantes, d’établir une stratégie de l’entreprise comme bon leur semblerait, mais que ces derniers mettaient l’accent sur le développement de relations avec des lignes aériennes en dehors de la région.

La liaison BWIA-LIAT annoncée la semaine dernière pourrait signaler un changement de cette tendance, sous la pression de la diminution du commerce en raison de la baisse récente des voyages aériens sur le plan international. Mais dans le cadre des besoins et perspectives de la coopération internationale, ce n’est qu’un petit pas.

Le Plan d’action de l’AEC prévoit une réunion plus tard en 2002, des PDG des lignes aériennes, des autorités aéronautiques, de la CTO et des organismes touristiques régionaux et nationaux de la Grande Caraïbe. L’objectif consiste à trouver un plan d’action concret pour le développement de liaisons aériennes au sein de la Caraïbe et du tourisme multi-destination  au sein de la région. Afin d’assurer des résultats pratiques, la réunion devra être organisée soigneusement, avec des participants qui partagent une vision de ce qui est possible et une volonté de coopérer dans l’intérêt commun.

La crise actuelle a offert de nouvelles perspectives, et BWIA et LIAT ont montré le chemin.

 

(Fin)

Le Prof. Norman Girvan est le Secrétaire général de l’Associationd es Etats de la Caraïbe (AEC). Les opinions exprimées ci-dessus ne sont pas nécessairement les opinions offcielles de l’AEC. Vous pouvez envoyer  vos réactions éventuelles à mail@acs-aec.org.

le 12 janvier 2002