RECONTRE A MARGARITA

Cette semaine dans la Grande Caraïbe

Norman Girvan

L’Ile de Margarita, lieu du IIIe Sommet de l’AEC les 11 et 12 décembre, est un point de rencontre entre la Caraïbe insulaire et la Caraïbe continentale. D’un point de vue politique, elle appartient à la partie continentale du Venezuela, étant située  au large de la côte du pays, environ 200 kilomètres à l’est de Port of Spain. Mais en termes de géographie et d’économie c’est une île caribéenne typique, avec du sable blanc, et des plages bordées de palmiers autour d’un intérieur montagneux aux forêts luxuriantes. De par sa taille et sa population (350 000 personnes), elle occupe un rang intermédiaire parmi les Etats insulaires membres de la CARICOM, et comme la plupart des pays de la Caraïbe, elle a une forte dépendance à l’égard du tourisme.

Le rôle de jonction entre les deux côtés de la Caraïbe, de l’Ile de Margarita, est profondément enraciné dans l’histoire. C’est sur cette île que Simon Bolivar s’est rendu en 1816, à l’âge de 33 ans,  pour préparer sa deuxième – et très décisive - campagne militaire à l’encontre de l’empire espagnol sur le continent, qui a débouché sur l’indépendance de ce qui est maintenant le Venezuela, la Colombie, le Panama, l’Equateur, le Pérou et la Bolivie.

L’histoire rapporte que l’expédition de Bolivar, composée de 250 hommes et de nombreux schooners était partie d’Haïti, où elle avait reçu des fournitures du Général Petion. Petion avait compris l’importance stratégique pour Haïti de l’abolition de l’esclavage sur le continent ; cela faisant partie intégrante de la mission de Bolivar. L’aide qu’il a fournie à Bolivar était un des premiers actes de solidarité pancaribéenne rapportés en faveur de la liberté collective.

Avant d’arriver à Haïti, Bolivar avait passé sept mois à la Jamaïque après avoir quitté  Carthagène sur la côte colombienne. En Jamaïque, il a trouvé l’inspiration pour écrire un document visionnaire et prophétique sur le futur de l’Amérique espagnole, la célèbre Lettre de Jamaïque. Aujourd’hui, une statue de Bolivar, érigée à Kingston, donne sur le lieu de sépulture des Héros nationaux de la Jamaïque.

Par coïncidence, l’AEC a aussi été lancée à Carthagène, où la Convention créant l’Association a été signée lors d’une réunion des présidents et premiers ministres de la Grande Caraïbe en juillet 1994.

Depuis cette date, l’AEC a beaucoup accompli. Elle a créé une base solide pour la coopération fonctionnelle dans ses quatre secteurs principaux, le commerce, le transport maritime et aérien, le tourisme durable et la gestion des catastrophes naturelles. Outre ses 25 membres et 3 membres associés, elle compte 16 pays observateurs et 5 partenaires sociaux du secteur privé, des ONG et du milieu universitaire. Porto Rico, et au moins deux Départements français d’Amérique (actuellement représentés par la France) ont manifesté leur intérêt pour adhérer pour leur propre compte.

Des accords de coopération ont été signé avec des organisations régionales et internationales, et beaucoup d’autres sont en cours, en particulier avec le Fonds OPEP pour le Développement international, dont le président sera un invité d’honneur au Sommet.

Dans le cadre du thème du Sommet « Consolidation de la Grande Caraïbe », un des résultats significatifs attendus est la signature d’une Convention sur le Tourisme durable. Cela fournira un cadre légal pour la coopération entre les différentes sous-régions touristiques du Bassin des Caraïbes, afin de développer le tourisme d’un point de vue social et écologique et de générer des bénéfices économiques importants.

Ce dernier, et d’autres éléments du Plan d’action, qui sera approuvé lors du Sommet, pourraient constituer un pas significatif vers l’évolution d’une communauté authentique de la Grande Caraïbe. Mais, comme toujours, seul le suivi cohérent par les gouvernements et la société civile permettra d’en assurer une réalisation optimale.

         

(Fin)

Le Professeur Norman Girvan est le secrétaire général de l'Association des Etats de la Caraïbe. Les opinions exprimées ci-dessus ne sont pas nécessairement les opinions officielles de l'AEC.

7 decembre 2001