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LES
RACINES HISTORIQUES DE LA CRISE HAITIENNE
Cette Semaine dans la Grande Caraïbe Rubén Silié
Les
origines actuelles de la crise haïtienne ont beaucoup à
voir avec son passé révolutionnaire. L'étape
insurrectionnelle de la Révolution haïtienne a été
couronnée par le un succès, avec sans plus ni moins
la défaite de l'armée napoléonienne. Cependant,
le processus d'institutionalité politique et sociale a été
très tôt interrompu par les luttes internes et l'héritage
autoritaire du colonialisme.
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Le processus révolutionnaire décomposé en luttes internes qu'ont connues les intérêts les grands leaders et puissants groupes ont culminé jusqu'à la division de la nation haïtienne dans les républiques, du Sud dominée par Alexandre Petion et du Nord par Henry Christophe. Lors de l'unité nationale avec Jean Pierre Boyer, chef du mouvement libéral, ce dirigeant s'est converti en dictateur destitué en 1843, vingt ans après avoir pris le pouvoir. Depuis, le pays est passé de crise en crise jusqu'à la première occupation militaire nord-américaine, du début du vingtième siècle (1915-1934). Le système politique de dépendance implanté par les occupants, n'a pas surpassé la tradition de forts gouvernements et d'Etat faible. Cette tradition politique a continué avec la dictature duvaliériste (1957-1986), qu'a imposé ce que nomme Claude Moise la "normalisation dictatoriale". Au cours de cette longue période de luttes politiques, la nation haïtienne a été gouvernée avec les ressources traditionnelles basées sur l'obscurantisme, la continuité du racisme colonial, la négation des droits politiques et de citoyenneté, l'arbitrage d'un pouvoir militaire, l'obstruction du parlementarisme, la manipulation des processus électoraux, la négation de la liberté de l'expression et l'inexistence d'un système de partis politiques. A la fin de deux siècles Haïti n'a eu, comme nous pouvons l'observer aucune consolidation démocratique offrant aux masses des mécanismes de participation politique, comme cela a été possible pendant la période insurrectionnelle de la Révolution de 1804. La fin de la dictature des Duvalier a été possible grâce à un vaste rassemblement populaire des masses qui s'est achevé par l'élection de Jean Bertrand Aristide. Avec la présidence d'Aristide ce mouvement est devenu le seul mouvement populaire dans l'hémisphère à accéder au pouvoir sans l'utilisation de la force. Le mouvement populaire qui a mis fin à la dictature duvaliériste ne constitue pas un système politique qui aurait permis de guérir les maux du passé, et il a été dissolu par le coup d'Etat militaire qui a eu raison d'Aristide. Le rétablissement du système constitutionnel par la voie de la seconde occupation militaire nord-américaine, qui a restitué le pouvoir, n'a pas apporté de pacte social et politique permettant de renforcer l'institutionalité politique de cette nation. Cette nation caraïbéenne,
poursuivie historiquement par l'autoritarisme, n'a connu aucune paix
lui permettant de consolider un système politique stable. Le
défi auquel fait face Haïti est de continuer à lutter
contre le passé pour consolider l'institutionalité politique
à travers un consensus démocratique où participent
toutes les forces et tous les secteurs sociaux de la nation.
Dr
Rubén Silié est le Secrétaire général
de l'Association des Etats de la Caraïbe. Les opinions exprimées
ne sont pas nécessairement les opinions officielles de l'AEC.
Vous pouvez envoyer vos réactions éventuelles à
mail@acs-aec.org. (fin)
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