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Le Sommet Ibéraoaméricain et le Multilatéralisme

Cette semaine dans la Grande Caraïbe

Luis Carpio

A la fin de la semaine dernière, le XIIIème Sommet ibéroaméricain s’est tenu dans la ville bolivienne de Santa Cruz. Crée en 1991, le Sommet est un mécanisme de concertation et de consultation politique au cours duquel sont abordés des thèmes d’intérêt commun aux pays de l’Amérique latine, l’Espagne et le Portugal. Il constitue le plus grand évènement de l’Amérique hispanophone et lusophone, la Mancommunauté britannique, à travers laquelle la Grande Bretagne et ses ex colonies préservent leurs liens historiques, en offrant d’importants bénéfices aux pays de la Caraïbe anglophone. Plus de la moitié des 21 Chefs d’Etat participant à ces sommets viennent de la Grande Caraïbe et les six autres sont des Pays observateurs de l’Association des Etats de la Caraïbe.

 

Lors du dernier évènement, les Chefs d’Etat ont convenu de recommander au Président du Brésil Fernando Henrique Cardoso, d’élaborer un rapport, connu aujourd’hui comme le Rapport Cardoso, avec des recommandations sur l’augmentation de la cohésion interne du groupe et l’amélioration du profile ibéroaméricain dans le contexte mondial.

En s’éloignant du souvenir des paradigmes de la guerre froide, l’on a nourri l’espoir d’un nouveau multilatéralisme renforcé, basé sur ce que Cardoso appelait ”la diplomatie des géométries variables” qui permettrait une alliance en matière d’intérêts concrets et qui transcenderait au lieu de suivre automatiquement les coalitions réactives (pour ne pas dire réactionnaires). Le Sommet ibéraoaméricain représente l’exemple le plus flagrant d’une communauté de pays qui, non seulement partagent des liens historiques incomparables mais offrent une diaspora de races, cultures et d’intérêts, évoluant dans un remarquable esprit de tolérance et de pluralisme entre les pays de niveaux de développement économique très différents.

Une des décisions les plus importantes du Sommet a été celle de créer un Secrétariat permanent destiné à offrir une continuité dans les initiatives des pays membres. Parmi les thèmes qui seront abordés dans les négociations des Sommets et dans le travail du neuvième secrétariat, deux d’entre eux sont d’une pertinence évidente. En premier lieu, l’Espagne et le Portugal ont convenu dans le cadre du Sommet de faire part à l’Union européenne la profonde inquiétude des pays hispano-américains quant au problème des subventions à la production et à l’exportation de produits agricoles et agro-industriels existant dans les pays importateurs, afin que l’on prenne en considération les négociations de la Ronde de Doha. En second lieu, le Rapport Cardoso propose que le secrétariat qui sera créé établisse une unité de soutien aux Gouvernements dans les relations avec les agences d’évaluation de risque. Il propose que les Gouvernements tentent d’harmoniser les critères et les règles nationales sur les activités des agences et favorisent la discussion dans le cadre des Nations-Unies, d’un code international de conduite pour ces agences. A ce titre, elles deviendraient une véritable croix pour les pays en voie de développement ou quand le pays source est classifié à partir de critères inexacts ou subjectifs ou encore sur la base de chiffres erronés.

Mais, que signifie pour notre Grande Caraïbe l’existence d’une instance supra-régionale? Ceci signifie maintenant que les pays de l’Amérique hispanophone et de l’Amérique lusophone disposent d’un canal de communication direct avec le bloc commercial et politique le plus important du monde. Dans un passé plutôt récent, l’on aurait dit que ce serait un “contrepoids" de l’Amérique latine à la CARICOM dans les traités avec l’Union européenne. Aujourd’hui, avec les expériences vécues à Monterrey et Cancún, il reste à espérer que les pays de la caraïbe anglophone et de la Caraïbe hispanophone, sauront reconnaître l’opportunité qui s’offre à travers l’addition d’un double accès à l’Europe, en plus d’une agence commune.

Luis Carpio est le Conseiller politique de l'Association des Etats de la Caraïbe. Les opinions exprimées ne sont pas nécessairement les opinions officielles de l’AEC. Vous pouvez envoyer vos réactions éventuelles à mail@acs-aec.org.

le 19 novembre 2003

 
   
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