| La classification raciale, obsolète et anachronique, ne figure plus au nombre des questions inscrites à l’agenda scientifique, mais elle se fait toujours sentir dans le milieu social caribéen, où elle affleure de manière réitérée, reflétant non le mode de ségrégation imposé par les colonisateurs, mais une pratique qui nous différencie les uns des autres, nous les Caribéens.
Elle est mise en évidence par les difficultés et les conflits qui surgissent entre les différents groupes ethniques qui s’insèrent dans les espaces les plus divers du monde caribéen, soit dans des pays ethniquement différenciés (tels que Trinité-et-Tobago, la Guyana et d’autres encore) soit dans ceux où ce type de discrimination importe moins, car la différenciation ethnique originale n’y subsiste pas (comme la République dominicaine, Haïti et d’autres). Mais indépendamment du type de pays dont il s’agit, on ne peut que se préoccuper du maintien des préjugés et de l’utilisation d’un langage qui assigne des conditions d’infériorité à des groupes spécifiques d’individus en raison de la couleur de leur peau. Il existe aussi certains types de ségrégation qui font obstacle à l’accès de certaines personnes à certaines fonctions.
Même si ces usages ne reproduisent pas les mécanismes de ségrégation raciale qui prédominaient jusqu’à la fin des années soixante, la tendance de nombreux individus à se regrouper en fonction de leur couleur ou de leur origine ethnique est encore assez généralisée. Elle est plus fréquente et plus évidente parmi les groupes d’étudiants ou au niveau des quartiers.
Des pratiques aussi négatives ne répondent nullement à des instruments de politique gouvernementale dans les pays de la Caraïbe; mais même si personne ne les revendique comme tels, la référence à la question raciale et la classification sur la base de la couleur de la peau y sont partout récurrentes.
En d’autres termes, le fait que le racisme n’existe pas en tant que politique d’Etat n’empêche nullement que l’on applique une politique publique qui contribuerait à abolir ces séquelles du colonialisme.
Si les Etats caribéens n’ont pas soin de mettre en oeuvre une politique explicite pour vaincre les manifestations de racisme qui persistent encore dans nos cultures, il sera très difficile d’éliminer des idées “à fleur de peau” qui se sont avérées si nocives dans la vie quotidienne de nos peuples.
Et même si ceux-ci vivent dans un milieu qui se caractérise par sa diversité, on peut aussi affirmer que cette situation n’est toujours assumée comme la reconnaissance des valeurs ethniques de concitoyens qui diffèrent entre eux. Jusqu’à présent, tout passe encore par la nécessité d’une différenciation et d’un catalogage, d’où des pratiques d’exclusion, dans la mesure où nous situons ceux qui sont distinct de nous dans une catégorie inférieure à la nôtre.
Il ne suffit pas aux Caribéens d’affirmer qu’ils ne sont pas racistes, il leur faut adopter une position claire face à ces pratiques dont l’abolition ne peut pas être laissée à l’action spontanée de nos sociétés.
Cela exige une stratégie qui influe sur la conscience des individus dès les premières années de l’enfance et accorde une haute valeur à la diversité ethnique et à la pluralité culturelle. C’est la seule manière d’obtenir que tous les ressortissants d’un pays partagent le même sentiment d’appartenance nationale, indépendamment de l’origine ethnique leurs ancêtres et de la couleur de leur peau. |