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A coté du Palais de Sans Souci, détruit en 1842, lors d’un fatal tremblement de terre, s’il existe une oeuvre architecturale de l’ère christophienne qui est magnifiée au long des deux siècles d’Histoire d’Haïti c’est la Citadelle Laferrière. Cette citadelle reste la plus grande forteresse de l’hémisphère américain. Située au sommet du Bonnet à l’Evêque, à 969 mètres d’altitude, elle s’étend sur une superficie de 8,000 m². Sa muraille est d’une épaisseur allant de 5 à 7 m et ses murs longitudinaux atteignent 940 m. La Citadelle a été construite avec de larges citernes pour conserver l’eau et des dépôts pour emmagasiner de la nourriture suffisante pour une année pour quelques 5000 soldats.
En fait, tout avait été envisagé pour transformer cette forteresse en un lieu de résistance stratégique et aussi en un espace de convivialité sociale. Dans ses positions stratégiques, la Citadelle était équipée de quelques 300 canons de différentes tailles et des boulets. A l’intérieur, étaient dissimulés d’immenses dépôts de boulets, fusils, bombes, obus, de poudre, du plomb et des casemates. Dans d’autres endroits se conservaient d’importantes pièces d’or, des briques ciselées et des roches précieuses. Il y avait aussi des appartements royaux, cuisines, boulangerie, fonderie, une salle de théâtre et des espaces de recréation.
Le plan de la Citadelle avait été élaboré, en 1805, par Henri Barré, un natif d’Haïti, qui commença d’ailleurs les premiers travaux, mais c’est un architecte écossais du nom de Laferrière qui devait la finaliser. A coté des ingénieurs et des techniciens, plus de 22.000 travailleurs de tous les âges ont contribué à son érection.
La Citadelle présente plusieurs formes géographiques, allant des courbes rondelettes à des lignes rectangulaires, en fonction du point de vue de l’observateur. Elle donne une vue panoramique sur toute la région nord du pays et domine la ville du Cap-Haïtien. Du sommet de la Citadelle, on a une vue assez étendue de la Mer des
Caraïbes, où l’on peut voir, quand la température est clémente, l’est de Cuba .
En 1982, la Citadelle a été déclarée Patrimoine Universel de l’Humanité par l’UNESCO. Plus d’un la considère comme la 8 e Merveille du Monde. Durant les années fastes du Tourisme haïtien, (années 50-début des années 80), elle était, avec le Bicentenaire de Port-au-Prince, les ruines du Palais de Sans-Souci, la petite église de Milôt, la grande curiosité des touristes. Elle suscite, aujourd’hui encore, un grand intérêt. Par exemple, elle fait partie du «package » de certaines compagnies touristiques de la République Dominicaine qui l’incluent d’emblée dans ce qu’on appelle le tourisme multi-destinations.
Cette Citadelle était le symbole de puissance d’Henry 1er, qui voulait l’étendre encore plus et la relier à d’autres palais royaux. Quand le roi se suicida en 1820, les travaux se sont interrompus et le royaume fut détruit à jamais. Le Nord tomba alors sous le pouvoir de la République de l’Ouest, qui n’avait pas eu le même succès sur le plan matériel et dans son organisation politique et sociale. Pire, les richesses accumulées dans le Nord se sont évanouies et gaspillées. Le pays devait subir, d’une part, les conséquences de cette perte et, d’autre part, l’insuccès de la République de l’Ouest dans laquelle la communauté toute entière allait donner son adhésion. Depuis lors, Haïti n’arrive pas à faire face convenablement aux défis grandissants. Les sursauts d’une période sont loin de répondre aux attentes. Ce n’est pas que le régime monarchique en soi était supérieur au système républicain, l’usage qui en avait été fait de l’un et de l’autre peut seul témoigner des résultats obtenus. Dans le Nord, il y avait plus de cohésion politique, une ligne directrice et des objectifs définis; tandis que dans l’Ouest, il existait une République praticienne pratiquant le laisser-aller, une société stratifiée à outrance, et les libertés publiques étaient loin d’être respectées. Etonnement, dans le Royaume du Nord, où il y avait un régime féodal, rappelant même les seigneuries européennes de l’Ancien Régime, les relations sociales quotidiennes étaient pourtant plus ouvertes que dans la République de l’Ouest.
A l’approche d’un nouvel anniversaire de l’Indépendance d’Haïti, il est souhaitable que le pays connaisse des sursauts économiques prolongés pour construire de nouvelles citadelles, cette fois-ci dans l’intégration sociale.
Dr Watson Denis est le Conseiller politique du Secrétariat de l’Association des Etats de la Caraïbe. Les opinions exprimées ne sont pas nécessairement les opinions officielles de l'AEC. Vous pouvez envoyer vos réactions éventuelles à mail@acs-aec.org
Le 21 decembre 2006
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