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J’ai été personnellement frappé par les habillements et les costumes africains que portaient bon nombre de Trinidadiens/nes au cours de la période commémorative du 1 er août dernier, un peu partout, soit lors du concert des Trois Reines (Singing Sandra, Ella Andall, Miryam Makeba) au Complexe Jean-Pierre et au défilé de l’Independence Square. J’ai trouvé que les rues de Port of Spain s’étaient transformées en un grand défilé de mode africain où tout un chacun gagnait un prix d’esthétique.
Pour certains, c’était la toilette des grandes occasions. Les coiffures étaient superbement dressées, les mouchoirs dignement noués en haut de la tête des femmes. Certains hommes également se faisaient remarquer avec leurs costumes de rois et le bâton symbolisant le pouvoir. Le parcours du défilé était pavé de couleurs vives, les couleurs de la vie et de la puissance. Ces habits ont été portés tant par les adultes que par les jeunes et les enfants; ce qui revient à dire que la relève est assurée.
Tout ce beau monde marchait fébrilement sous des rythmes cadencés. D’un coté, les marchands de musique ambulants de l’Independence Square montaient tout haut leurs décibels pour attirer à la fois de nouveaux clients et pour participer à la réjouissance. D’un autre coté, les chars roulants égayaient l’atmosphère. Naturellement, le Calypso régnait en maître, mais les chars qui jouaient des rythmes musicaux d’origine africaine charriaient une grande quantité de personnes.
Dans le défilé, il y avait des groupes tels que: Emancipation Support Committee, Mix Mood and Attitudes Cheerleadings Squad, Procession of Queens, Ajuka Gbogbo Orisha Ati Gbogbo Egun, Mantamby Freedom Drummers, Brotherhood of the Cross & Star, Indian Walk Community Council et quelques Steel Bands, cette miraculeuse forme d’art inventée par les musiciens du terroir.
En somme, la Fête de l’Emancipation est commémorée par le port de majestueux habits africains, l’audition et la danse de musique rappelant l’Alma Mater, des expositions culturelles diverses, le défilé de groupes musicaux jouant les incantations religieuses africaines, des concerts et réunions amicales dans lesquelles on déguste même un plat qui rappellerait le continent lointain des Ancêtres.
C’est dire que les commémorants ont tout fait pour imaginer et représenter l’Afrique, une Afrique mystique et glorieuse, majestueuse, faite de beauté, de splendeur et de jouissance. Toutefois la commémoration de la Fête n’est pas seulement une idéalisation au passé glorieux de l’Afrique, elle dégage aussi une certaine vision de la réalité du monde actuel. Mes interlocuteurs laissaient percer des courants de revendications. Certains pensaient que la liberté obtenue n’est pas complète parce que les noirs ne détiennent pas encore les leviers de l’économie-monde. D’autres se font l’idée que certains de leurs congénères ne sont pas totalement libérés, car ils portent encore en eux les stigmates et les formes de la Pensée Unique, sans oublier les relents de discrimination raciale qui persistent un peu partout.
Encore une fois, disons qu’une fête nationale peut indiquer à quel degré un peuple s’identifie à son histoire et sa culture, elle peut aussi, dans une certaine mesure, donner une idée de sa vision du monde et de son futur, surtout quand elle se fait l’expression d’une conscience nationale. Finalement, disons que le Jour de l’Emancipation à Trinidad et Tobago est une Fête qui sied bien aux trois dimensions du temps ou de l’Histoire: le passé, le présent et le futur.
Dr Watson Denis est le Conseiller politique du Secrétariat de l’Association des Etats de la Caraïbe. Les opinions exprimées ne sont pas nécessairement les opinions officielles de l'AEC. Vous pouvez envoyer vos réactions éventuelles à mail@acs-aec.org
Le 17 aout 2006
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