HAITI: DES ELECTIONS POUR LA DEMOCRATIE
Cette Semaine dans la Grande Caraïbe
Watson R. Denis
Après les élections avortées du 29 novembre 1987 en Haïti, un homme du peuple, dans la cinquantaine, a déclaré sèchement: «Nous sommes avec la démocratie, mais la démocratie n’est pas avec nous.» C’était une façon bien particulière à lui de dégager son amertume et son impuissance politique. Depuis lors, dans sa longue traversée de transition politique vers la démocratie, Haïti a connu plusieurs épisodes électoraux. Certains d’entre eux, comme celui du 16 décembre 1990, ont été célébrés dans l’apothéose populaire. D’autres, comme ceux de mai et de décembre 2001, ont été contestés par la classe politique et la société civile. Ce qu’il y a à retenir dans tout ce périple électoral, c’est que le peuple est en quête d’un changement véritable. Et les élections représentent pour lui l’étape primordiale pour arriver à ce changement qui fait défaut. D’où sa participation constante et massive aux compétitions électorales.
Le 7 février dernier, une fois de plus, le peuple haïtien a été de nouveau appelé dans ses comices pour élire un Président de la République, des députés et sénateurs. Une fois de plus, le peuple a répondu positivement à la convocation électorale bravant la peur, l’intimidation des bandes armées et le chantage des politiciens. Mis à part quelques problèmes d’organisation, il est admis que les scrutins du 7 février ont étélibres, démocratiques et pluralistes. Maintenant faut-il s’attendre à ce que les résultats proclamés reflètent à tous les niveaux le vouloir démocratique du peuple .
Plus que toute autre compétition électorale en Haïti, celle-ci s’est déroulée sous la supervision de la communauté internationale. Non seulement l’Organisation des Nations Unies (ONU), à travers la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et l’Organisation des Etats Américains (OEA), s’impliquaient directement dans sa logistique et sa réalisation, les soldats et les policiers de la communauté internationale admis au sein de la MINUSTAH devaient assurer, avec la Police Nationale d’Haïti, la sécurité des électeurs. Aussi, la MIEEH (Mission Internationale Electorale en Haïti) était sur place pour jauger de la participation populaire, de la légitimité et de valeur démocratique du processus électoral .
Aujourd’hui, on est unanime à reconnaître que les élections du 7 février 2006 ont été un succès éclatant pour tous: d’abord pour le peuple haïtien, ensuite pour la communauté internationale qui s’y est impliqué .
Chez d’autres peuples ayant déjà parvenu à la stabilité politique, les élections sont organisées pour changer un peu le personnel politique et remplir un rôle constitutionnel d’alternance politique. Aujourd’hui en Haïti, les élections ont une toute autre portée: les élections sont organisées pour institutionnaliser la démocratie et pour parvenir au développement tant souhaité. C’est le défi, le grand défi . |