| Les étudiants constituaient un autre groupe revêtant une grande importance. Etant donné l’accès réduit à l’éducation durant cette époque, ce groupe était composé de jeunes des groupes sociaux supérieurs et moyens. Ils s’organisaient en associations locales et fédérations nationales. A ces jeunes il conviendrait d’ajouter les cadres progressistes, provenant des mêmes secteurs sociaux mais d’une génération plus âgée que celle des étudiants. Ces cadres étaient une référence intellectuelle qui constituait un front de lutte d’une importance décisive.
A la différence des ouvriers, ces groupes ne se distinguaient pas par des revendications d’ordre matériel et en principe ils n’exigeaient pas non plus de changements très radicaux du système régnant. Aussi, leur lutte comportait essentiellement une expression civique plus importante étant donné qu’ils se plongeaient dans les idéaux les plus nobles, cela étant soutenu par le fort contenu éthique de leurs évaluations politiques.
Entre autres, c’est ce qui explique qu’ils aient trouvé une plus grande acceptation de la part des autres secteurs de la population qui, de plus, voyaient dans les jeunes l’expression la plus pure de leurs sociétés respectives. Cela a aussi contribué au fait que dans bien des pays les étudiants soient à avant-garde de la lutte contre les dictatures.
Bien que la main-d’œuvre de nos pays soit jusqu’à présent composée de jeunes, le mouvement reconnu comme celui des jeunes, provenait des étudiants et non pas des ouvriers. Le premier avait bien entendu une tendance plus générationnelle mais il s’agissait des jeunes des secteurs sociaux les plus puissants et reconnus de la société.
C’est ainsi qu’entre eux-mêmes s’est généralisé le fait de se référer à leurs compagnons comme les jeunes et il est clair que la population adulte, moins impliquée à l’époque, reconnaissait aussi dans ces activistes politiques leurs propres enfants ; par conséquent ils recouraient aussi au terme des jeunes.
Le discours de l’époque était collectiviste, refusant tout individualisme, et était basé sur les notions de « la patrie est un autel de sacrifice et non un piédestal » ; « dulce et decorum est pro patria mori » (il est doux et glorieux de mourir pour sa patrie). Aussi le sacrifice et l’immolation sont devenus des normes propres à l’héroïsme et les luttes étaient considérées de véritables épopées, chargées d’un sens épique fort.
La direction de Fidel Castro est surgie précisément dans ce contexte d’exigence du changement et de retour résolu aux idéaux de la patrie. Ce vaste processus de luttes civiques revendiquait une figure emblématique qui représenterait l’abnégation dans la lutte pour la liberté. Le discours fidéliste, basé essentiellement sur la philosophie et la vision de José Martí, correspondait pleinement aux aspirations de la jeunesse latino-américaine et caribéenne, qui était au diapason de la vague révolutionnaire.
Il est indubitable que la grande audace, le courage et la valeur personnelle démontrés dans la lutte contre la dictature de Fulgencio Batista, ont servi de motivation aux autres jeunes de la région et il s’agit là d’un des facteurs d’agrandissement de la Révolution cubaine, cette dernière se transformant en paradigme et modèle.
La force de cette direction, quatre décennies plus tard, s’explique dans une large mesure par le fait que son principal chef a su s’accrocher au discours des jeunes, à partir d’une conception éthique attachée aux valeurs et principes qui ont guidé ses actions depuis le commencement de la lutte politique durant les années cinquante.
La transcendance historique de Fidel Castro est basée sur le fait que, bien que le monde ait changé, il a su mettre en avant les idéaux de sa jeunesse, en donnant l’exemple de cohérence et d’honnêteté. Pour cette raison il continue d’être l’incarnation des mouvements révolutionnaires même si on ne les appelle plus Révolution des jeunes.
Dr. Rubén Silié Valdez est le Secrétaire Général de l’Association des Etats de la Caraïbe. Les opinions exprimées ne sont pas nécessairement les opinions officielles de l'AEC. Vous pouvez envoyer vos réactions éventuelles à mail@acs-aec.org
Le 25 janvier 2006
|