SÉANCE D’OUVERTURE DU TROISIEME SOMMET DE CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT DE L’ASSOCIATION DES ETATS DE LA CARAIBE

ALLOCUTION DU PR. NORMAN GIRVAN , SECRETAIRE GENERAL DE L’ASSOCIATION, DES ETATS DE LA CARAIBE

PORLAMAR, ILE DE MARGARITA, VENEZUELA

Permettez-moi tout d’abord de féliciter, au nom de l’Association des Etats de la Caraïbe et de son Secrétariat, la chaleureuse hospitalité et l’excellente organisation de notre pays hôte, la République Bolivarienne du Venezuela, et tout particulièrement son Président Hugo Chávez Frías.

Il y a sept ans, l’Association des Etats de la Caraïbe était créée, avec la signature de la Convention constitutive à Cartagena de Indias, Colombie. Le chemin qui nous a mené à ce IIIè Sommet sur l’île de Margarita est passé par d’autres Sommets : Port-d’Espagne en 1995 et Saint-Domingue en 1999, et d’autres réunions annuelles du Conseil des Ministres, dont la septième vient de conclure.

Mais ce chemin parcouru par notre Association rappelle aussi une autre grande aventure : celle dans laquelle le Libérateur Simon Bolivar s’est lancé il y a presque deux siècles, lorsqu’il quitta Cartagena pour ce même littoral, dans une expédition forte de 250 hommes et quelques goélettes. Et c’est de cette île qu’il devait entamer sa deuxième campagne militaire, la décisive, pour libérer l’Amérique du Sud du joug espagnol.

En route de Cartagena à Margarita, Simon Bolivar reçut pendant sept mois l’hospitalité de la Jamaïque, où il rédigea sa Lettre de la Jamaïque, un document visionnaire et prophétique sur l’avenir politique de l’Amérique du Sud. De la Jamaïque, il se rendit à la toute nouvelle République indépendante de Haïti, où le Général Pétion, grandement impressionné par sa détermination à abolir l’esclavage en Amérique espagnole, lui fournit l’assistance matérielle pour préparer son expédition.

L’entreprise de Simon Bolivar est un exemple magnifique du genre de solidarité, de coopération et d’hospitalité caribéennes que, de nos jours, l’Association des Etats de la Caraïbe défend et auquel elle aspire.

En sept ans, depuis Cartagena, l’AEC a progressé à grands pas vers la réalisation de son objectif de promotion de la consultation, la coordination et l’action concertée dans des domaines d’intérêt pour toute la région Caraïbe, c’est-à-dire la Grande Caraïbe.

L’AEC est une organisation intergouvernementale établie comme telle, regroupant 25 Etats membres et associés, 16 pays observateurs et 5 partenaires sociaux.

L’AEC possède un Secrétariat pleinement fonctionnel, une structure rôdée de fonctionnement et un financement assuré.

Ses comités spéciaux de coopération fonctionnelle se rencontrent régulièrement, de sorte qu’une tradition de dialogue et de consultation s’est désormais installée là où aucun contact n’existait auparavant.

Un consensus existe sur les quatre domaines d’action identifiés comme prioritaires, à savoir : le commerce, le transport, le tourisme durable et les catastrophes naturelles.

Le thème principal de ce 3è Sommet, « Vers le renforcement de la Grande Caraïbe », reflète l’actuelle détermination des membres à se doter d’une Association qui se centre sur les résultats.

En ce sens, nous ne pouvons que souligner l’importance de la Convention sur le Tourisme durable qui sera signée au cours de ce Sommet. Le tourisme constitue déjà le principal secteur générateur de devises pour 16 des 28 membres de l’AEC, et son poids devrait continuer d’augmenter à l’avenir. Il est donc crucial que la Grande Caraïbe saisisse cette occasion pour s’ériger en la première zone de tourisme durable sur le marché mondial, surtout au vu des graves effets négatifs de la tragédie du 11 septembre dernier sur le tourisme de la région.

Tout aussi fondamentales sont la Déclaration de principes et les Lignes d’action pour le traitement spécial et différencié des économies de petite taille au sein de la ZLEA, reprises dans la Déclaration du Sommet. À cet égard, le fait que l’AEC adopte une position commune sur cette question représente un progrès significatif vers une véritable coordination des positions dans les forums internationaux, qui constitue en outre un des objectifs principaux couchés dans la Convention de notre Association. Ce faisant, nous aurons concrétisé l’engagement convenu dans la Déclaration de Saint-Domingue d’accorder une importance particulière au thème de la vulnérabilité des petites économies de notre région.

Le transport reste un obstacle pour l’accroissement du commerce et du tourisme entre les pays de la Grande Caraïbe. La IIIè réunion ministérielle de l’AEC en 1997 a approuvé un ambitieux programme d’unification de la Caraïbe par air et par mer. Toutefois, nous ne pouvons nous contenter du niveau atteint à ce jour dans l’exécution de ce programme.

Afin de fournir un cadre juridique à la multiplication des services aériens au sein de la région, il conviendra d’accorder une priorité politique urgente à la mise en œuvre de l’Accord de l’AEC sur le transport aérien actuellement en cours de négociation. L’objectif visé au Plan d’Action de Margarita est que cet Accord soit bel et bien appliqué en 2002.

Jamais la vulnérabilité des pays de la Grande Caraïbe n’a été aussi évidente que durant le cycle annuel de catastrophes naturelles auquel nous sommes exposés. Les événements de cette année 2001 nous ont de nouveau rappelé qu’avant de se jeter sur leurs cibles, les ouragans et les séismes ne se demandent jamais si un pays parle l’espagnol, l’anglais, le français ou le néerlandais, s’il s’agit d’un territoire insulaire ou continental, si les territoires sont souverains ou dépendants, ou encore quelle est la tendance de son gouvernement.

Les Etats membres doivent accélérer la ratification de l’Accord de l’AEC pour la coopération en matière de catastrophes naturelles, signé en 1999.

Depuis un an que la décision a été prise de rationaliser le programme de travail de l’AEC et d’en fixer les priorités, les Comités spéciaux ont travaillé, avec le soutien du Secrétariat, sur un nombre restreint de projets clé dont on espère des résultats tangibles dans un délai relativement court. Parmi ces projets figurent les systèmes d’information, l’enseignement des langues, la levée des obstacles au commerce, la coopération entre les lignes aériennes, les autorités de l’aviation civile, les agences de tourisme, ainsi que d’autres projets divers relatifs aux catastrophes naturelles.

Pour garantir le financement de ces projets spéciaux, le Secrétariat est en négociation avec la Banque interaméricaine de développement, la Banque de développement de la Caraïbe, la Commission européenne, l’Agence espagnole de coopération internationale, les Départements français d’Outre-mer, l’Organisation internationale de la francophonie et l’UNESCO.

Nous donnons une grande importance à l’accord avec le Fonds spécial de l’OPEP, qui doit être signé au cours de ce Sommet, à l’issue des efforts généreux de notre pays hôte, le Venezuela.

Le Secrétariat de l’AEC a également œuvré de concert avec d’autres Secrétariats régionaux, notamment ceux de la CARICOM, la SICA, la SIECA, le SELA, la CEPAL, la Communauté andine et l’Organisation du tourisme de la Caraïbe, dans le but d’éviter la dispersion des efforts et de tirer parti au maximum des synergies existantes entre nos organisations respectives.

Le renforcement de la Grande Caraïbe est entré dans une nouvelle étape. Nous avons des raisons plus que suffisantes d’être optimistes quant au fait que ce IIIè Sommet ne manquera pas de renforcer davantage notre Association en tant qu’instance géoéconomique et géopolitique de la Grande Caraïbe. N’oublions pas qu’au sein de la région latino-américaine et caribéenne, l’AEC représente près de la moitié de la population, 40% du PIB et deux tiers du commerce extérieur et du tourisme.

Faire de la Grande Caraïbe une vaste zone de coopération, tel que nous l’affirmons dans la Déclaration de Margarita, est un engagement d’une importance stratégique qui nous fera transmettre à nos populations et au reste du monde quels sont nos intérêts communs et les impératifs de coopération qui émanent de notre espace géographique partagé.

Tout comme Simon Bolivar osa rêver d’une Amérique libérée du joug espagnol.

Tout comme Germán Arciniegas de République dominicaine et W. Adolphe Roberts de la Jamaïque osèrent concevoir la Grande Caraïbe comme une communauté historique,

Tout comme Juan Bosch de la République Dominicaine et Eric Williams de Trinité-et-Tobago osèrent mettre à jour une histoire commune de la Caraïbe comme fondement d’une destinée commune,

Tout comme les fondateurs visionnaires de l’AEC osèrent créer une organisation qui romprait les clivages historiques qui nous séparaient,

Tout comme eux, poursuivons cette mission de renforcement de la Grande Caraïbe !

Merci.

LE 11 DECEMBRE 2001